Armando Llamas

Au moment où j’ai rencontré Armando Llamas (1982)  il était dramaturge et secrétaire pour Claude Régy. Il écrivait, mais n’était pas encore publié, et parfois, dans les bureaux des Ateliers contemporains, me donnait à lire une scène qu’il venait de terminer. Régy n’a jamais réellement reconnu son statut de dramaturge (il est rarement crédité dans les programmes et dossiers de presse), et Armando ne venait à aucune répétition, même à la table. Mais au premier jour des répétitions, en plus de la brochure du texte, nous recevions un cahier de dramaturgie, fruit de mois de recherches, très illustré, extraordinairement documenté, mais comportant toujours un texte apocryphe, un faux texte d’un philosophe nordique inconnu ou le récit d’une légende maya, qui étaient, à la façon d’un Pérec, sa contribution fictionnelle de pure fantaisie à une entreprise d’érudition qui forçait le respect. Je regrette souvent la perte de ces cahiers de dramaturgie qui étaient un modèle du genre, combinant la culture populaire (B.D., films de série Z, superhéros, etc.) et la culture littéraire et les mythologies de toutes les civilisations. Par exemple, pour illustrer le thème de la transfiguration, il utilisait l’image : d’abord la reproduction d’une extase de sainte peinte à la Renaissance, et face à face, en pleine page, l’image d’un homme en train de se faire tailler une pipe, photo extraite d’un vieux film porno des années 20.  Savant et déluré, puits de science pour Régy et ami de toujours des Rita Mitsouko (on est en pleine période de « Marcia Baila » et il rappelle avec une fierté certaine que Catherine Ringer et Marcia Moretto faisaient partie de sa première pièce jouée en France). Son imagination carburait à une vitesse parfois difficile à suivre, et il adorait raconter des aventures passées (et notamment des exploits sexuels) qui laissaient parfois perplexe sur leur véracité.

Habitant à cette époque dans la chambre attenant aux bureaux des Ateliers contemporains, et vivant dans mon souvenir comme un ermite devant sa machine à écrire, il appréciait ce rôle de travailleur intellectuel de l’ombre, et imaginait un théâtre dont l’univers et la fantaisie étaient diamétralement opposés à celui de Régy. C’est en quittant ce poste de secrétaire-dramaturge et ce bureau-logement qu’il commença à s’affirmer publiquement comme auteur. Quand parut sa première pièce publiée, Images de Mussolini en hiver, à l’écriture plus « sage » que les pièces qui suivirent, pièces dont il me lisait les passages les plus provocants avec un plaisir évident, j’ai réalisé alors qu’il n’était pas un auteur imaginaire ou un mythomane. Il adorait citer le titre de certaines pièces  (Lisbeth est complètement pétée, Queues, fusées, pierres tombales, Tahâfot-al-Tahâfot (qui signifie Incohérence de l’incohérence), Gustave n’est pas moderne…) titres qui n’ont généralement que peu de rapport avec leur contenu et qui étaient trouvés parfois bien avant l’écriture de la pièce. Les pièces comportaient aussi des allusions ou des références connues du seul cercle des intimes : c’est Armando qui m’avait révélé par exemple que Claude Régy, qui est nommément cité dans une de ses pièces (Léautaud rit in Quatorze pièces piégées), était aussi la source d’inspiration de plusieurs personnages masculins de son théâtre.

 

 

Liens :

Armando Llamas la generosité du chaos par les-films-de-la-castagne  

Dossier de presse de Intérieur de Maeterlinck (1985) Pour qui connait le théâtre de Llamas, l’exégèse d’une pièce de Maeterlinck peut paraître surprenante…

 Biographie d’Armando Llamas sur le site theatre-contemporain.net

 Entretien avec Maïa Bouteillet sur Le Matricule des Anges

Notice nécrologique de Jean-Pierre Leonardini dans L’Humanité 

 

 

 

 

 

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