Claude Régy

J’ai eu la chance d’être son assistant à la mise en scène sur 7 créations des années 80 :

Grand et petit, de Botho Strauss, 1982. TNP de Villeurbanne et Théâtre national de l’Odéon

avec Bulle Ogier, Christine Boisson, Yveline Ailhaud, Claude Degliame, Muni, Axel Bogousslavsky, Jean-Claude Leguay, Daniel Martin, Xavier Marchand, Yavuzer Cetinkaya, Miloud Khetib, Gilbert-Maurice Duprez, Maurice Teynac… Décor Roberto Platé, Lumières Geneviève Soubirou. Assistants à la mise en scène Alain Neddam et Louis Chavance

Par les villages, de Peter Handke, 1984. Théâtre national de Chaillot

Avec Claude Degliame, Andrzej Seweryn, Miloud Khetib, Christine Boisson, Axel Bogousslavsky, Suzel Goffre, Muni, Wojtek Pszoniak, Yavuzer Cetinkaya, Aurélien Duprez, Simon Duprez. Décor Roberto Platé, Lumières Geneviève Soubirou, Musique originale Tristan Murail. Assistants à la mise en scène Alain Neddam et Louis Chavance

Ivanov, d’Anton Tchekhov, 1984. Comédie-Française. Création au C.D.N. de Nice puis Salle Richelieu

avec Roland Bertin, Christine Murillo, Christine Fersen, Dominique Constanza, Yveline Ailhaud, Muni, Jean-Paul Roussillon, Jean-Paul Moulinot, Xavier Marchand, Miloud Khetib, et Lorella Cravotta, Laurent Ogée, Dominique Hubin, Anna Acerbis, Etienne Pommeret, Gilbert-Maurice Duprez, Jean-Claude Vogel, Yves-Noël Genod… Assistants à la mise en scène Alain Neddam et Louis Chavance

Intérieur, de Maeterlinck, 1985. TGP de Saint-Denis, puis TNS

avec Axel Bogousslavsky, Muni, Edith Scob, Gilbert-Maurice Duprez, Catherine Mouchet, Hélène Alexandridis, Christèle Wurmser, JeanClaude Vogel, YvesNoël Dieuleveut, Nichan Manuel Moumdjian, Bruno Moncelle. Scénographie : Noëlle Ginefri, Costumes Domnika Kaesdorf, Lumières Dominique Bruguière. Assistants à la mise en scène Alain Neddam et Eric Didry

 

Le Parc, de Botho Strauss, 1986. Théâtre national de Chaillot

avec Yveline Ailhaud, Pierre-Alexandre Ant’Chouey, Laurent Arnal, Charles Berling, Axel Bougousslavsky, Geoffrey Carey, Jean Pierre Ceton, Eric Doye, Philippe Faure, Dominique Frot, Dominique Hubin, Miloud Khétib, Baby Lathière, Xavier Marchand, Bulle Ogier, Jean-Claude Vogel et Jonathan Lathière / Mathieu Marcourel. Décor Jean Haas et Francis Poirier,  Lumières Patrice Trottier, Son Patrice Bersani. Assistants à la mise en scène Alain Neddam et Eric Didry

Trois voyageurs regardent un lever de soleil, de Wallace Stevens,1988. Théâtre de la Bastille

avec Michael Lonsdale, Axel Bogousslavsky, Xavier Marchand, et Marc François, Nicole Dogué, Yves-Noël Genod, Frédéric Marchand. Décor Roberto Platé t José Azpeitia, Costumes Rudy Sabounghi, Lumières Dominique Bruguière, Son Philippe Cachia. Assistant à la mise en scène Alain Neddam

Le Criminel, d’après Leslie Kaplan, 1988. Théâtre de la Bastille

avec Dominique Valadié, Dominique Frot, Valérie Dréville, Muni, Axel Bogousslavsky, Xavier Marchand, Cyrille Gaudin, Jean-Quentin Châtelain,  Michaël Kraft, Caroline Faro, Marc François, Nichan Manuel Moumdjian, Simon Rochereau, Constance Micalef ou Maya Salahuddin… Lumières Dominique Bruguière, Musique originale Tristan Murail. Assistant à la mise en scène Alain Neddam

  (Note : il n’existe aucune photo – ou presque – disponible de ces spectacles sur internet. Je publierai ultérieurement quelques photos qui proviennent de mes archives quand j’aurai eu le temps de les retrouver et de les scanner)
 
Un entretien où il exprime en moins de trente minutes ses conceptions sur le théâtre et l’art de la mise en scène :
 
« On voit aujourd’hui – au nom de la technologie – des spectacles se laisser envahir par la vidéo. Je n’ai rien contre, il peut y avoir des vidéos magnifiques. Mais quand on projette des images, c’est souvent un encouragement à la paresse de l’imagination des spectateurs. Je cite souvent cette publicité de Sony : « j’en ai rêvé, Sony l’a fait »… Sony fait tout – et prend la place du rêve. Il faut laisser au spectateur une part du travail – non pas la part du sens, l’extériorité du texte – mais ce qu’il a de secret ; leur permettre de devenir écrivains, acteurs, metteur en scène. Peter Handke, dans une de ses premières pièces – dite « pièce parlée » – n’utilise que des phrases qui se contredisent ; elles doivent être dites par plusieurs acteurs, mais en fait, c’est comme si une seule personne parlait. Il y a dans ce texte cette phrase : « je suis venu au théâtre, j’ai vu cette pièce, j’ai joué cette pièce, j’ai écrit cette pièce ». Le chemin est inverse, mais on retrouve l’idée que c’est le spectateur qui écrit le spectacle. »
 
 
 

Une vidéo d’Alexandre Barry :

 

Une biographie synthétique sur le site de theatre-contemporain.net   

Espaces perdus (1991, réed. 1998, Les Solitaires Intempestifs), extrait :

« Je crois que l’acteur devrait se sentir dans l’état de celui qui écrit, avant que la phrase soit écrite. Si la parole glisse à la surface du bavardage, elle me semble alors inutile et non avenue.
Mais quand l’acteur trouve en lui d’où viennent les mots, on a l’impression de ne jamais les avoir entendus. Ils nous surprennent et nous atteignent dans leur nouveauté. Une langue oubliée.
Les acteurs par leurs intonations devraient pouvoir seulement suggérer. Faire penser à plusieurs interprétations. Ne pas faire de commentaire, leur ton ne devrait porter aucun  jugement. Au-delà même de leurs partenaires, ils devraient ouvrir le discours vers le public, ils devraient parler aux dieux. »
 
La lumière, essentielle dans les spectacles de Claude Régy. Dominique Bruguière a marqué de manière durable l’univers visuel des créations de Claude Régy, dans les années 80 et 90. Son site est ici.
 
Trois voyageurs regardent un lever de soleil, de W. Stevens (1988) Décor Roberto Platé, lumières Dominique Bruguière

 

« Je n’ai jamais pu comprendre ce que c’est que le temps. Simplement, pour faire entendre l’écriture et ce que le langage révèle, il m’est apparu qu’il ne fallait pas parler vite. J’ai analysé sur le terrain que la manière de parler courante, si on l’utilise au théâtre est dommageable pour la langue car la vitesse n’est créatrice de rien, sauf de vitesse. Généralement, les gens ont peur dès qu’ils ralentissent et surtout dès qu’ils s’arrêtent parce que l’arrêt se fait sur le vide. Mais c’est le contraire. C’est pendant les arrêts que le vrai plein de l’écriture s’entend si on ne l’a pas dès le départ occulté. »

Entretien à propos des « Variations sur la mort » (Jon Fosse) en 2003

 

Lors d’une journée organisée par l’Académie expérimentale des théâtres autour de l’oeuvre de Claude Régy, j’ai eu l’occasion de parler de son travail et de ma collaboration comme assistant. Pour illustrer son désir de vider la scène de tout ce qui est décoratif ou anecdotique, j’ai eu envie de raconter cette petite fable hassidique :

 
« Il y avait un rabbin qui connaissait un endroit dans la forêt et une certaine manière d’allumer un feu et une certaine prière : quand il avait réussi tout ça, il pouvait communiquer avec Dieu. Dix ans plus tard, le disciple de ce rabbin se souvenait de la manière d’allumer un feu, mais il avait oublié les paroles de la prière et pourtant il arrivait à communiquer avec Dieu. Trente ans plus tard un autre disciple, donc disciple du disciple, ne connaissait que le lieu dans la forêt. Là encore la communication avait lieu. Cinquante ans plus tard, un autre disciple, du disciple… ne savait plus rien du tout : ni le lieu dans la forêt, ni la manière d’allumer le feu et encore moins les paroles. Mais il pouvait encore communiquer avec Dieu parce qu’il connaissait cette histoire, et cette connaissance était suffisante. 
Je pense que le travail de Claude Régy est en relation avec cette histoire. C’est-à-dire qu’une fois qu’on s’est débarrassé du rituel, il reste la chose essentielle qu’on peut préserver une fois qu’on a tout enlevé. »  
 
Publié dans la Revue Alternatives théâtrales, n° 43 consacré à Régy, 1993

 Un entretien à propos de la création de 2010, Brume de Dieu, d’après Les oiseaux  de Tarjei Vesaas

 

Un entretien accordé au magazine en ligne Inferno, à propos de sa mise en scène d’Intérieur de Maeterlinck avec une distribution japonaise, présentée au Festival d’Avignon en juillet 2014

Extrait de cet entretien :

Ce rôle actif que vous attendez du spectateur a-t-il provoqué un accueil différent au Japon, où la pièce a été créée l’an dernier, et à Vienne ou à Bruxelles où elle vient d’être donnée ?

C’est difficile à dire mais la facilité avec laquelle les acteurs japonais sont entrés dans ce travail, où le ralenti et la place laissée au silence sont importants, laisserait penser que toutes les sensibilités s’y sont retrouvées. Le silence étant à prendre comme un langage et non pas du tout comme une négation du langage. Les êtres humains sont actuellement tellement agressés par la rapidité et par le bruit que les faire vivre pendant quelques heures dans une atmosphère de silence et de lenteur c’est leur redonner contact avec l’essentiel. Le constat de la perte du langage à notre époque va avec cette agitation et ce bruit.

(propos recueillis par Yves Kafka pour Inferno Magazine, juillet 2014)

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